Du désert médical à la réflexion sur nos pratiques de soins

Voici un partage de mes recherches sur les déserts médicaux pendant la genèse du projet de tour de France à vélo. Le désert médical, comme un symptôme d’un problème plus global.

Crédit photo Quercyclos

Mais au fait c’est quoi un désert médical ?

Il s’agit d’une zone, d’un territoire, sur lequel la densité de médecins disponibles (on parle ici plutôt de généralistes que de spécialistes) pour 1000 habitants est inférieure à la moyenne nationale. Pour la France, cette moyenne tourne autour de 2 à 2,5 médecins pour 1000 habitants. Cependant, il n’est pas décrété à ce jour de chiffre en dessous duquel le territoire serait défini comme étant un désert médical, la classification reste donc très abstraite.

En France, le nombre de médecins n’a pas diminué, mais c’est leur répartition qui devient de plus en plus inégale.

De l’importance de l’accessibilité

Ce seul critère de nombre de médecins ne suffit cependant pas à déterminer une zone comme étant un désert médical. Des premiers articles que j’ai pu lire sur les éditoriaux échos, libération, géoconfluence etc. Il est plus approprié de considérer la facilité d’accès aux soins en terme de distance parcourue pour évaluer la difficulté d’une population d’un territoire à accéder aux soins.

Les solutions en cours et à venir

Il ne vous aura pas échappé durant les élections de l’année 2017 l’argument des maisons de santé. C’est en effet la solution numéro un dans les zones rurales. Mais dans les zones les plus faiblement peuplés, des cabinets secondaires sont envisagés, des sortes d’antennes de maison de santé qui deviennent alors le centre névralgique des interventions alentours.

La télémédecine pointe également le bout de son nez, qui rencontrera certainement quelques difficultés avec la génération de nos grands parents n’étant certainement pas prête à ce genre de consultation.

Et si la solution était plus globale ? Laissez-moi vous parler d’une lecture qui m’a fait passer d’une carte des déserts médicaux à un fonctionnement de société global.

Du désert médical aux facteurs sociaux-économiques et environnementaux

Difficile de trouver une carte étant donné la multitude de critères à prendre en compte : densité de médecins, distance moyenne…

Et puis… Je suis tombé, page 179 du livre « Que sont nos médecins devenus » du Dr Didier Nakache, sur cette phrase : « L’inégalité de santé prend sa source en amont du système de soins. Les facteurs socio-économiques prennent une place prépondérante en matière de santé. Le lieux de naissance, de vie, contexte familial, capacités de travail, logement, environnement, éducation, nutrition, se cumulent pour accroître les inégalités face à la santé, bien plus que la proximité d’un médecin à moins de dix minutes du domicile. » 

Bien conscient que l’hygiène de vie et l’environnement sont les seuls éléments qui permettent d’obtenir une santé pérenne sur le long terme, j’ai pourtant tendance à oublier les facteurs socio-économiques.

Cette phrase est venue me réveiller. Se pose alors la question non plus du désert médical, mais de l’égalité sociale à accéder à un environnement favorable à la santé ! C’est un sacré morceau qui apparaît là. La santé n’est pas que l’affaire des médecins, elle est aussi et surtout l’affaire d’une politique globale, d’une action, d’une direction, d’une coopération collective qui permette à chacun·e de retrouver des conditions favorables à la santé. Ainsi, si on veut avoir une action significative et permettre au plus grand nombre l’accès à la santé, c’est un nouveau modèle qu’il faut co-créer, c’est la fameuse « transition ».

Remettre en cause l’économie sur la maladie ?

Et pour nous, acteurs de santé, une partie de la transition ne serait-elle pas de passer d’une économie basée sur la maladie, à une économie basée sur la santé ? La maladie, la souffrance, deux conditions qu’on souhaite tous changer n’est-ce pas ? Mais comment changer ces conditions en santé et en bien-être quand les acteurs de soins ont tout intérêt économiquement à ce qu’elles perdurent ?

Les solutions restent à trouver, mais une chose est sure, je ne me retrouve pas vraiment dans ce modèle de soins.

Un tour de France pour redéfinir ma pratique

Faire connaître la moxibustion japonaise et les principes hygiénistes, c’est bien l’ordre du jour de ce tour de France, mais je compte également m’efforcer de définir, au fil des coups de pédale, une nouvelle manière de pratiquer. Non plus consulter, mais partager. Laisser plus de place à la relation qu’à la technique. Faire moins pour Être plus.